Philippe Germond, le président du PMU, a donné lundi matin une conférence de presse téléphonique sur les résultats de l’opérateur de paris en 2013. Par Emmanuel Roussel :
Le chiffre d’affaires global du PMU accuse un repli en 2013 de 0,9% à 10,405 milliards d’euros, mais le produit brut des jeux affiche une hausse de 0,6% à 2,542 milliards d’euros. On enregistre une baisse des enjeux hippiques en France de 5,2% à 9,636 milliards d’euros (-1,8% en incluant les mises étrangères), mais là encore, le produit brut des enjeux hippiques reste en hausse de 0,2%… La baisse des enjeux sur les courses se répercute de façon plutôt homogène sur les deux réseaux, en dur comme en ligne.
Ce chiffre d’affaires a globalement souffert, en France, d’un environnement économique difficile, qui s’est répercuté sur l’ensemble des marchés du jeu et du loisir. La perte de quatre Quintés par rapport à 2012 (année bissextile) a également joué un rôle important dans cette baisse, mais Philippe Germond a reconnu que la concurrence accrue des paris sportifs sur l’ensemble des réseaux (+22%) était aussi responsable de cette situation.
Le CA du poker au PMU a aussi augmenté de 10%, sur un marché pourtant baissier par ailleurs. Philippe Germond a annoncé que désormais, les activités « sport » et « poker » étaient à l’équilibre.
Un réseau en mutation
Les tendances observées confortent le président du PMU dans sa volonté de poursuivre une stratégie de modernisation du réseau, qui porte encore un potentiel important, notamment en segmentant les parcours des différents profils de clients qui l’utilisent. Il a en outre noté qu’il avait fallu ouvrir 1 000 nouveaux points de vente pour compenser la fermeture de 600 autres et augmenter ainsi la capacité du réseau de 400 points. Le réseau entre donc en mutation.
L’internationalisation du PMU doit également se poursuivre après le succès de l’acquisition d’Eurotiercé, opérateur belge dont le chiffre d’affaires a été multiplié par quatre en 2013. Le marché allemand, principal contributeur au chiffre d’affaires international désormais, a pour sa part doublé pour atteindre, en 2013, 250 millions d’euros d’enjeux (+200%, surtout de gros parieurs). On notera que la Belgique (142m€, +61%), la Suisse (110m€, +11%) et l’Afrique du Sud (96m€, chiffre non comparable avec 2012) sont les contributeurs suivants aux revenus étrangers des courses françaises.
Selon Philippe Germond, le PMU a notamment pu compenser le recul des paris hippiques dans les revenus de l’institution par un soutien au Quinté+, générateur de marges plus importantes. Le bras commercial des sociétés-mères a aussi réalisé 10 millions d’euros d’économies, sans influence négative sur les effectifs, en un an au lieu de deux.
En mai 2014, joue quand il te plaît
« Le contexte économique sera à nouveau difficile en 2014, a pronostiqué Philippe Germond, même si la consommation des ménages peut reprendre et si le chômage cesse de grimper. Il faut attendre douze mois pour qu’une embellie se répercute sur les comportements, et je reste donc prudent sur 2014. On peut espérer du mieux en 2015. Toutefois, ce ralentissement plus fort que prévu ne nous empêchera pas de poursuivre nos investissements en 2014. Nous poursuivrons la modernisation de notre réseau. En mai, les parieurs pourront jouer sur le Quinté+ dès que celui du jour se sera disputé, c’est-à-dire toute la journée. C’était une barrière pour les néophytes et nous la levons en mai 2014. »
La coupe du monde de football, un sport dans lequel l’offre sportive du PMU serait hyper-performante, devrait doper aussi les enjeux dans ce secteur.
La stratégie d’acquisitions sur le plan international, entamée avec succès sur l’Eurotiercé belge, sera poursuivie. Les conditions de l’appel d’offres sur l’opérateur unique grec devraient parvenir au PMU et à son partenaire sud-africain Phumelela en janvier. Dès lors, le GIE se prononcera sur sa réponse.
La menace, réelle, d’une séparation des masses engagées sur le réseau en dur et sur Internet ne pourra pas se matérialiser en 2014, mais elle n’est pas écartée pour autant. Toujours pour s’en tenir au droit français, Philippe Germond a déclaré : « Il ne semble pas entrer actuellement dans les intentions du législateur de lever le monopole de la Française des Jeux sur les paris sportifs hors-ligne. C’est un marché que l’on peut estimer aujourd’hui à environ 2,5 milliards d’euros. S’il devait changer d’avis, nous serions très tentés. Si par ailleurs le monopole des paris hippiques sur le réseau en dur devait également être levé, je crois que nous serions rassurés par le fait que nous détenons 80 à 85% du marché en ligne, qui est ouvert. »
Fin de cycle
Le président du PMU dit avoir noté une évolution de l’attitude des sociétés-mères vis-à-vis du pari. Ainsi, le « tracking system » (suivi en direct, par exemple grâce à des pastilles de couleur, de la position des chevaux en piste, comme on le voit sur les courses américaines, à Singapour ou à Dubaï) qui faisait débat il y a peu encore dans l’institution semblerait désormais accepté. De même, si des projets de jeux plus à mêmes de placer les courses sur le plan du pari sportif (1N2 par exemple) ne sont pas encore d’actualité, l’idée semble faire son chemin dans l’esprit des cerbères du sport hippique, avant tout soucieux de l’éthique.
La hausse de la TVA pose également un problème car Philippe Germond a tôt fait de relier cette augmentation à une potentielle baisse du nombre de partants, qui affecte les enjeux, et s’est ressentie, avant même la mise en œuvre de cette mesure impopulaire, dans les résultats de 2013.
Les chiffres pourraient sembler indiquer le contraire, mais le président du PMU affirme que la clientèle du pari sportif sur pmu.fr se convertit volontiers au pari hippique. Cependant, on peut craindre que le pari sportif, socialement acceptable, sinon valorisant, omniprésent sur tous les médias et profondément enraciné dans la culture du pays, n’attire les populations qui, jusqu’à l’ouverture du marché, se convertissaient automatiquement au pari hippique. Si l’export et les autres formes de paris sauront certainement maintenir un niveau acceptable de revenus à l’institution des courses, et sachant qu’il n’est jamais très sain de devoir compter sur un tiers pour sa pitance, une mise à jour du réseau suffira-t-elle à rétablir le niveau des ressources traditionnelles du turf ?
Les courses françaises sont arrivées à la fin d’un cycle. Un nouveau doit commencer.
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